mercredi 19 août 2015

Sidéral












   Comment la carotte s'est retrouvée dans le vide poche de la voiture ?
   Je m'en souviens, on avait été jusqu'au Jardin des Shadoks, un jardin coopératif où Laure avait une petite parcelle plantée de radis, tomates, courgettes et carottes. C'était une opération sarclage et désherbage ; la végétation locale constituée d'une grande variété d'espèces robustes et non comestibles avait largement pris le dessus sur les légumes. Attila ne nous aurait pas reniés, à moins, bien sûr, qu'il ne soit repassé un mois plus tard… Cette carotte, petite mais aucune ne dépassa de beaucoup cette taille, fut une des victimes collatérales de l'opération. Je ne me suis pas résolu à l'abandonner sur le tas de mauvaises herbes. Je l'ai mise dans le saladier avec les radis. Puis arrivés à la voiture, je l'ai posée dans le vide poche parce que, sortie du contexte, elle n'était pas à sa place dans ce saladier. Dans le vide poche ? Pas vraiment non plus…
   Au fil du temps, elle s'est desséchée pour finir par ressembler à ce qu'elle est aujourd'hui. Elle me faisait penser à une comète. C'était un peu plus évident au début quand elle avait toutes ses feuilles. L'arrivée de l'étoile de mer a évidemment renforcé cette impression. Elle aussi avait un peu plus de prestance au départ. Elle avait toutes ses pointes. L'étoile provient de l'étal d'une poissonnerie de supermarché située à Gimont, dans le Gers. Elle ne servait pas de décoration. Elle était prise dans la glace, tout au bord, prête à tomber. Je la recueillis. On se rendait à un mariage et on s'était arrêté là pour faire quelques courses.
   L'étoile rejoignit la comète, donnant un ton résolument spatial à l'assortiment d'objets de toutes sortes qui se trouvaient  déjà dans le vide poche.
 

samedi 8 août 2015

Oiseau japonais







   Hier soir, l'attention attirée par un bruit, je passe la tête par la porte du jardin et je vois un oiseau sur une chaise. Il n'était pas assis… Non, il s'était posé là, à un mètre cinquante du chat. Cannelle est vieille et un peu ralentie mais faut pas pousser le bouchon trop loin. Je fais la course avec elle, on court tout les deux après le piaf et je le rattrape. Je viens de le sauver mais il n'a pas l'air de s'en apercevoir, il a plutôt l'air très inquiet. Bon, je le rapatrie à l'intérieur. La nuit tous les chats sont gris et il y a un paquet de chats gris dans le jardin. C'est un petit merle, un peu trop petit encore pour voler de se propres ailes mais il y est presque.
   Il a passé la nuit sur la cuisinière… Au matin, je lui ai bricolé une espèce de nid à cigogne et puis je l'ai laissé. Un peu plus tard, il était encore là, il semblait avoir pris ses marques et se déplacer sur son perchoir et puis, il n'y était plus.
   Il ne reste plus qu'une caisse remplie d'un peu d'herbe posée sur un piquet… et un dessin japonais

Les puces du cheval


Starlux-France






    On a marché longtemps le long de l'avenue en travaux. Il n'y a pas d'ombre, la chaleur est suffocante. Alors quand on arrive sous la fraîcheur relative des marronniers, on est un peu hébété, un peu loin du marché aux puces que nous sommes venus voir. Les exposants semblent être dans le même état que nous, éloignés de leurs affaires, discutant entre eux. Certains finissent de manger…
    Au bout de quelques minutes de déambulation, j'aperçois du coin de l'œil, des petits chevaux. Je m'approche pour regarder. Curiosité de celui qui avait des cow-boys et des indiens en plastique quand il était petit. Ils sont aussi en plastique, un plastique qui a dû être blanc, qui est maintenant juste sale. Mais ils ont ce côté attachant des choses anciennes dont on imagine qu'elles étaient fabriquées avec plus de soin, d'attention… Averti de la folie de certains brocanteurs et collectionneurs, je ne demande pas le prix. De toute façon, je ne suis pas vraiment intéressé par ces petits chevaux et le marchand discute avec des amis. Nous continuons notre marche tranquille. Mais quelques mètres plus loin nous sommes interpellés par le vendeur des jouets qui se précipite vers nous depuis le banc où il était assis :
        -Vous aviez des chevaux Starlux quand vous étiez enfant?
        -Heu… Non, je regardais juste… Mais pourquoi…
    Ça y est! Je suis tombé sur un brocanteur fou qui va essayer de me vendre les chevaux qui, c'est sûr, sont exceptionnellement rares et bon marché…
        -Lequel vous plaît le plus?
        -Hum, celui-là peut-être… Mais…
    Je désigne en même temps que je parle un cheval blanchâtre équipé d'une selle marron. Je n'ai pas de préférence en fait.
        -Hé bien, je vous le donne dit-il en joignant le geste à la parole.
        -Mais …
        -Si, si, ça me fait plaisir!
        -Alors … Merci!
    Je n'ai pas le temps d'en dire plus qu'il est déjà reparti s'asseoir avec ses amis. Je lui adresse un vague geste avec le cheval, il répond vaguement.
     Un peu plus loin, il y a des cow-boys et des indiens en plastique. Une pleine boîte. Je demande le prix à la dame.
-"Ces trucs-là? Heu… Deux euros!"
On retournait aux habitudes.